Canal historique - Part II
Ce week-end, j'ai regardé une interview de Monsieur Chédid fils. Interrogé sur son absence d'engagement social ou politique, il objecta que la fonction de la musique était ailleurs. Je suis assez d'accord avec cela, the truth is out there !
L'objet n'est pas de tirer ici des conclusions définitives, mais force est de constater que la musique que j'aime semble à première vue à des années lumières de " l'engagement".
Sa fonction apparaît pourtant sans fioritures :
- Pleurer les femmes/hommes parti(e)s, avec plus ou moins d'amertume
- En séduire de nouvelles/de nouveaux, par la voix, le charme et un petit côté mélancolique, au besoin
- Danser avec elles/eux jusqu'à l'épuisement
- User les corps
- et pour l'interprète : se faire de l'argent en prenant son pied
La soul est une musique du corps, et de tout ce qui le traverse, la sueur, les larmes, le sang. ça vous penètre par endroits, comme l'écriture de Gombrowicz, un genou, une nuque par là...Les parties du cerveau stimulées à l'écoute sont sans doute les plus archaiques, un bout de cerveau reptilien, un lobe frontal usé.ça couve, ça secoue, ça remue l'intérieur.
C'est une musique de pleurnichards rusés, de roublards pathétiques, d'anges aux ailes coupées, de galériens de panache, qui ne cessent de pérpétuer les fonctions essentielles de la musique. En cela son pouvoir est diabolique, de ceux qui feraient hésiter un sage soufi au bord du dancefloor.
Si il y a un engagement dans la musique, un seul, c'est celui de la vie, de se sentir debout et vivant alors que tout autour semble organisé pour nous endormir dans le quotidien et pour nous faire oublier l'essentiel.

J'ai choisi des vieux tubes de Dee Clark pour illustrer mon propos :
L'affreux
L'objet n'est pas de tirer ici des conclusions définitives, mais force est de constater que la musique que j'aime semble à première vue à des années lumières de " l'engagement".
Sa fonction apparaît pourtant sans fioritures :
- Pleurer les femmes/hommes parti(e)s, avec plus ou moins d'amertume
- En séduire de nouvelles/de nouveaux, par la voix, le charme et un petit côté mélancolique, au besoin
- Danser avec elles/eux jusqu'à l'épuisement
- User les corps
- et pour l'interprète : se faire de l'argent en prenant son pied
La soul est une musique du corps, et de tout ce qui le traverse, la sueur, les larmes, le sang. ça vous penètre par endroits, comme l'écriture de Gombrowicz, un genou, une nuque par là...Les parties du cerveau stimulées à l'écoute sont sans doute les plus archaiques, un bout de cerveau reptilien, un lobe frontal usé.ça couve, ça secoue, ça remue l'intérieur.
C'est une musique de pleurnichards rusés, de roublards pathétiques, d'anges aux ailes coupées, de galériens de panache, qui ne cessent de pérpétuer les fonctions essentielles de la musique. En cela son pouvoir est diabolique, de ceux qui feraient hésiter un sage soufi au bord du dancefloor.
Si il y a un engagement dans la musique, un seul, c'est celui de la vie, de se sentir debout et vivant alors que tout autour semble organisé pour nous endormir dans le quotidien et pour nous faire oublier l'essentiel.

J'ai choisi des vieux tubes de Dee Clark pour illustrer mon propos :
- "Hey little Girl" (1959 - Vee Jay), uptempo baby
- "Nobody but you" (1958 - Vee Jay), pour sûr Dee
- son tube "Raindrops" (1961 - Vee Jay), avant la débâcle
L'affreux



12 Comments:
J'objecte, monsieur l'affreux, j'objecte.
Si comme tu dis, la soul avait pour fonction de permettre à ses interprètes de gagner leur vie en s'éclatant, elle leur offrait aussi un modèle de réussite dans une Amérique qui ne leur en offrait aucun. Elle permettait de sortir la musique noire américaine du ghetto de la "race music" et de sortir ses interprètes du ghetto tout court. Et ça, c'est engagé ! La soul a été avant toute chose une musique très politique.
Souviens-toi du sous titre du bouquin de Guralnik : "Rêves sudistes de liberté"
Souviens toi de "Change Is Gonna Come", de "Is It Because I'm Black ?" et des autres ...
(c'était ma tirade enflammée du matin, je vais écouter les morceaux maintenant...)
By
Garrincha, at Tue Dec 20, 08:53:00 AM
Ah je m'attendais à ta réaction.
J'ai pensé bien entendu à tous les morceaux que tu cites, surtout au monument de Sam Cooke.
Vu de moi, il y a de nombreux exemples d'engagement politique, mais l'objet de cette musique reste majoritairement le sexe opposé.
Quant à l'argent, dans les faits, nous avons tous en tête des artistes roulés, abusés, cumulant les emplois de routier ou autre. Mais cela ne modifie l'objectif qu'ils avaient : vivre de leur musique et gagner ainsi leur liberté (encore Sam).
Et Dee Clark, tu en penses quoi ?
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affreuxthom, at Tue Dec 20, 01:14:00 PM
Moi, qui connait personnellement Dee Clarke... sic.
En revanche j'ai eu la chance de passer des soirées bien arrosés avec des jazzmen americains tels que Teddy Edwards et il est vrai je pense, que cela était avant tout un exutoire meme si certains ont fait leur blé.
Mais n'oublions pas quand ces derniers commencaient à en faire, nos chers WASP americains trouver quelques vieilles combines d'enc... pour les faire tomber (so many examples).
Mais comme dirait Garrincha, cela a permis de créer une "middle class" noire americaine.
Juste un avis... quoi
Sonny
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Anonymous, at Tue Dec 20, 05:13:00 PM
désolé pour les fautes, je me suis emballé.
SONNY
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Anonymous, at Tue Dec 20, 05:15:00 PM
Je pense que nous serons tous d'accord pour dire ici qu' EN ELLE MEME la musique ( et TOUTES LES MUSIQUES , meme les plus pourries ) est éminemment POLITIQUE . On pourrait argumenter des heures là dessus . Mais je voudrais rester sur l'anecdote citée par l'Affreux .
Ce qui me gonfle par dessus tout ce sont les ARTISTES , qui , EN TANT QU'ARTISTES , viennent nous gonfler avec leur engagement politique , hors du cadre de leur art ( type plateau de 7 sur 7 , pour les plus old school d'entre vous ) , comme de gros balourds . Il s'agit la plupart du temps de discours insipide , démagogique et simpliste ... j'ai souvent eu froid dans le dos lors de concert ( mais aussi dans des alles de ciné ) où la foule ( déjà flippante en soi ) se retrouve manipulée par des gourous limite fascistes , type Geldoff dans le film THE WALL ...
Serieusement : qui prend du plaisir à écouter , au hasard , un disque d'ASSASSIN ? Meme PUBLIC ENNEMY ... franchement ...
Mais quand c'est bien fait , Dieu que c'est bon : Curtis Mayfield " (We people who are ) darker than Blue " , Bill Withers "I Can't Write Left Handed " ( merde quel joyau ce morceau ) ou Gil Scott-Heron , c'est autre chose !!
Les journalistes peinent à retrouver leur Cantat , leur porte parole d'une génération . Bravo à M qui ne joue pas ce jeu !
Qu'en pensez vous ?
Tib'O
http://tibo.magicrpm.com/
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Anonymous, at Tue Dec 20, 09:43:00 PM
Coucou l'Affreux
le fait même d'écrire cette chronique démontre un certain engagement politique de ta part et pour avoir déjà relevé dans tes écrits des sous entendu limite "subversifs" je vois dans tes derniers écrits un hésitation et une "pause" réflexive sur ta perception de la situation politique actuelle en France. Je me trompe peut être.
En attendant l'engagement premier des musiciens et des artistes en général du monde de la chanson est de pouvoir manger et ensuite de se faire plaisir et pourquoi pas avoir un public. Alors oui "s'il y a un engagement dans la musique, un seul, c'est celui de la vie". De la vie de l'artiste qui a faim et qui veut payer ses factures et la vie de son public qui l'espace de quelques minutes oublies ces soucis... Sauf si il écoute Assassin.
Pour poursuivre sur Assassin, je peux éprouver un plaisir certain à l'écoute de ce groupe de rap français lorsqu'ils travaillent avec Docteur L. Mais il est vrai que le but premier de Rock'in Squatt et sa bande est de faire le boulot que beaucoup de parents, et de profs ont oublier de faire: pousser à réfléchir sur la politique, ouvrir des portes sur "l'Histoire secrète" ( façon Greil Marcus ).
Avec Assassin, j'ai appris l'existence d'Octobre 1961, ce n'est pas l'école, ni mes parents encore moins les médias qui me l'ont appris. Alors oui, effectivement Assassin c'est plus de l'ordre du tract politique un peu rébarbatif, mais personnellement j'ai pris conscience de certaines choses à mon adolescence grâce un peu à la musique d'Assassin.
Aujourd'hui je peux comprendre que l'on se moque de ce groupe, mais en même temps cela ferait du bien à beaucoup d'ados de découvrir Assassin. C'est une première approche musicale de la politique.
désolé j'étais un peu long.
Bon bah bisous à tous, a l'Affreux avant tout.
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L'Anonyme de Chateau Rouge, at Wed Dec 21, 03:44:00 AM
C'est assez complet en fait, comme d'hab: "Le pus beau chant n'a jamais empêché la guerre, mais la plus horrible guerre a parfois fait fleurir de beaux chants" Lao Tseu
Stzz
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Anonymous, at Wed Dec 21, 07:56:00 PM
la fonction c'est de créer l'émotion...
un disque peut parler du ghetto, des chicken ou encore des choux fleurs, peu m'importe, si je ressors ému, c'est le principal.
Les donneurs de leçons, les esprits béats ou le côté prof de "l'engagement" m'exaspèrent.
L'objectif reste de faire vibrer le coeur plus fort, plus vite, la soul est faite pour suer, exulter, bander, pleurer, draguer...
Ré-écoutons tous Sam Cooke ce soir
" I was born by the river..."
la vie et rien d'autre.
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affreuxthom, at Wed Dec 21, 11:29:00 PM
Le sentiment de révolte passera toujours mieux qu'un étalage de poncifs édifiants sur la faim dans le monde ou qu'un discours anti-raciste vu du point de vue du dominant, et ça marche en musique comme en litterature ou encore au cinéma. Sus aux bons sentiments!
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michelsardou, at Thu Dec 22, 10:20:00 PM
0_0! Sieur Low-Fool en .com? What a news! (puisqu'apparemment il semblerait qu'ajouter une phrase en albionais soit de rigueur..)
De retour depuis deux semaines, je mets à jour mon rss reader. Je suis heureux de constater que les doutes qui d'habitaient au début de l'année n'ont pas eu raison de ton espace de partage sonore.
See ya, dude.
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Ray Poplon-Duke, at Sat Dec 24, 08:32:00 PM
et oui c'est reparti
By
affreuxthom, at Sun Dec 25, 05:30:00 PM
Cher Tib'O, ne calque pas tes préjugés sur les goûts des autres. Il est loin d'être inconcevable que des gens prennent du plaisir à écouter Public Enemy.
D'une part, leur discours te parait peut-être extrémiste, lourdingue, dangereux, tout ce que tu voudras ... il n'en a pas moins été indispensable à une certaine époque.
D'autre part, tu y vois peut-être uniquement une musique brutale et pas très raffinée, alors qu'en prêtant plus attentivement l'oreille - ou en écoutant différemment, tu entendrais l'incroyable inventivité du Pr Griff et de Terminator X, à des années lumières de la production standardisée de nos 50 cent contemporains.
Au final, à mon sens, PE dégageait une vraie émotion dans sa musique (et oui, c'était plus la rage que l'amour) et comme dit l'Affreux, c'est ce que la musique doit nous donner pour nous attirer.
By
Garrincha, at Mon Dec 26, 04:47:00 PM
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